top of page

Balade en Aveyron... à Rieupeyroux

Que d'histoires à Rieupeyroux ! Dans ce bourg du nord du Ségala, mille ans d'histoire nous contemplent ! Alors, suivez-moi dans ces ruelles, je vous en dévoile quelques unes !


Une construction légendaire

Rieupeyroux tire son origine d'un prieuré fondé au XIe siècle à la suite d'un don du seigneur Escaffre. Celui-ci, mort sans héritier, aurait donné ces terres à l'abbaye Saint-Martial de Limoges. Mais d'après la légende, c'est le géant Gargantua qui aurait édifié l'imposante église. En effet, en ce temps-là, bâtir une église prenait du temps et coûtait cher. Il fallait parfois 100 ans pour voir s’élever un bâtiment. Or, Escaffre voulait voir son église terminée !

Il songea alors qu’un géant comme Gargantua pourrait bien construire en 100 jours ce que des centaines d’ouvriers mettraient 100 ans à bâtir ! Il passa donc un accord avec lui. Mais ne tint pas parole ce qui provoqua la colère de Gargantua. Le géant jeta alors trois grosses pierres depuis la colline de Modulance afin de détruire l'édifice qu'il venait de construire. Il échoua mais les trois pierres témoignent encore aujourd'hui de sa colère.


Découvrez la légende dans cet article.



À la recherche des pierres de Gargantua


L’église a en réalité été construite en plusieurs temps. De l’église romane subsiste des chapiteaux à l'entrée du chœur.

Elle a été surtout été rebâtie au XIIIe siècle puis fortifiée durant la guerre de Cent ans et intégrée dans les fortifications du bourg. Au sommet de la nef, a été percé un couloir de circulation permettant de surveiller les alentours et de tirer sur les ennemis qui s'approchaient d'un peu trop près. Vous pouvez voir, au milieu des arcs de petits assommoirs depuis lesquels on pouvait tirer à l'arc, à l'arbalète ou projeter des pierres.


A l'intérieur, ne manquez pas :


- l'os de Gargantua (plus vraisemblablement un os de baleine rapportée durant les Croisades)

- les vitraux de Francis Chigot dans les années 1930

- les chapiteaux romans


Une sauveté médiévale

Autour du prieuré, se développe au bourg qui obtient le statut de sauveté, c’est-à-dire une terre protégée. Les limites étaient marquées par des croix de pierre monumentales. Quiconque pénétrait à l’intérieur armé et sans l’autorisation de l’abbé s’exposait à l’excommunication, menacé de ne recevoir ni l’extrême-onction ni la sépulture…


À Rieupeyroux, et comme dans toute sauveté, les habitants, étaient soumis au pouvoir de l’abbé et tenus d’effectuer des corvées. Ils disposaient en échange d’un lot à bâtir intra-muros pour construire leur maison et d’une pièce de terre cultivable située à l’extérieur du bourg.


La structure médiévale se perçoit encore nettement dans le cadastre car le village ne se développa véritablement qu'à partir des années 1950. Il est traversé par une droite principale – la rue droite et une place centrale où se tenaient les foires et les marchés (place du gitat).


La fontaine du Griffoul : datée du XVIIe siècle cette fontaine servait à la fois à la consommation des habitants et aux animaux. Vous pouvez encore voir d'anciennes canalisations de pierre qui alimentaient un bassin secondaire dans lequel venaient boire les chevaux et le petit bétail.


Non loin de là, ne manquez pas d'admirer une ancienne maison en pan de bois (actuellement la médiathèque). Ce mode de construction était très courant au Moyen Âge car peu coûteux (on trouvait les ressources localement) et rapide à mettre en oeuvre. Plus léger qu'une structure en pierre, il permettait également d'agrandir les maisons en créant des encorbellements sur la rue. Dans la rue, vous pouvez apercevoir deux autres maisons qui ont eu un pan de bois : en levant les yeux vous apercevez les encoches sur les solives débordantes du toits.


de gauche à droite : maison en pan de bois ; vestiges d'un pan de bois ; fontaine du Griffoul


La place du gitat : en bordure de la place se dresse un grand bâtiment dont le rez-de-chaussée est ouvert sur la place par des grandes arcades (les fameux "gitats"). Aujourd’hui fermés, ces espaces étaient dédiés au stockage et à la vente de marchandises, à l’image des couverts que l’on trouve encore aujourd’hui dans certaines villes, notamment les bastides comme à Sauveterre-de-Rouergue. On devine aussi l’entrée de caves sous le bâtiment mais aussi sous les maisons de la rue droite. Celles-ci étaient probablement dédiées au stockage des denrées et notamment du vin qui occupe une place importante au Moyen Age.


Durant des siècles, Rieupeyroux reste un bourg modeste, concentré autour de son église médiévale. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la construction du chemin royal entre Villefranche-de-Rouergue et Rodez (actuelle D911) entraîne des changements. Installé sur les crêtes, ce nouveau chemin évitait de nombreuses localités aussi des relais furent-ils construits régulièrement, avec auberge, écuries pour les chevaux et les bœufs… ces relais, baptisés « baraques » ont laissé leur trace dans notre paysage car certains d’entre eux se sont particulièrement développés comme Baraqueville (situé au carrefour des deux routes royales). Si Rieupeyroux se trouve dans un premier temps à l'écart de la route, l'attraction de l'axe de circulation se fait peu à peu ressentir. Des maisons et des commerces commencent à s’installer le long de la rue de l’Hom, qui relie la route au bourg de Rieupeyroux. Les vues aériennes de Rieupeyroux depuis les années 1950 montrent que les maisons se rapprochent peu à peu de la grande route au cours des années 1950-60, puis surtout à partir des années 1970 avec l’aménagement des premiers lotissements.


Actuellement, la route exerce toujours son attrait puisque le centre commercial du bourg s’est déplacé le long de la route D911. L’urbanisme se fait désormais le long de l’axe est-ouest.


La fontaine Saint-Martial

Depuis l'église, descendez le chemin sur votre droite pour traverser l'arboretum. Profitez de la fraicheur et du calme des arbres pour découvrir l'étang et la fontaine Saint-Martial. Approchez-vous doucement pour découvrir les grenouilles qui se baignent souvent dans le bassin.


Autrefois, avant que l'étang soit aménagé, se trouvait ici une vaste prairie communale, appelée La Prade. Les habitants du village y menaient les volailles et les cochons chaque matin. Aujourd'hui, on peut se balader sur les rives ou pêcher.


En remontant vers le bourg, ne manquez pas l'école Pierre Alechinsky. Cet artiste, né en 1927 en Belgique, a vécu quelques mois à Rieupeyroux durant la Seconde Guerre mondiale. Fuyant l’arrivée des soldats allemands en Belgique, Pierre et sa famille, comme beaucoup d’autres Belges, ont quitté leur pays et se sont réfugiés en France.


Sur le mur, quatre médaillons en céramique représentant les quatre éléments, ont été réalisés par Pierre Alechinsky.


La chapelle de Modulance

Sur cette hauteur, point culminant de la commune (804 m) fut édifiée une chapelle dédiée à saint Jean-Baptiste. La tradition veut qu’elle aurait remplacé un fanum, un temple gaulois. Il est en effet courant qu’au début de la christianisation, des églises et des chapelles soient édifiées sur des lieux de culte païens.


Des documents médiévaux semblent attester que la chapelle est contemporaine de l’église St-Martial de Rieupeyroux. Brûlée pendant la guerre de cent ans (XIVe siècle), elle a été reconstruite. La chapelle actuelle date plutôt des XVe et XIXe siècles.


De ce point haut, nous bénéficions d’un point de vue à 360° sur tout le Ségala et au-delà !


"Ce belvédère, c’est la chapelle de Rieupeyroux, dotée d’un si beau nom jadis : la montagne de Modulance. De ce balcon dressé sur le cercle total de l’horizon, aucun écran proche ne s’interpose. Le Cantal, l’Aubrac, les Cévennes, Lacaune, la Montagne noire, voilà le premier cirque où porte le regard. Quand il fait très clair, très pur, surtout vers le soir, on aperçoit, au lointain midi, une dentelure blanche, voire violette, au gré de la saison : les Pyrénées.
Le Ségala, c’est tout le premier plan, en cercle, sous nos regards baissés : 6 à 700 mètres d’altitude en moyenne. Voici le bassin de l’Aveyron et puis celui du Viaur, avec la foule des ruisseaux qui drainent les sources d’un des pays les plus arrosés de la terre : « mais c’est une vraie plaine, à peine vallonée ! » Un trompe-l’œil en vérité. Parcourez-la. Des abîmes s’ouvriront à vos pieds, secrets comme des trappes. Au moindre ruisseau il faut 400 pieds de tranchée pour se forer un lit de 3 mètres. Regardez ce clocher, reconnaissable entre 50 que nous voyons d’ici, l’élan de sa flèche que coupe, avant le sommet, une lanterne un moment verticale. C’est Naucelle. Voyez cet autre plus trapu, plus court, en avant de lui, c’est Sauveterre. […] "
Jean Gazave, Rouergue (vers 1938)

C’est cette caractéristique paysagère qui explique que le sommet de Modulance ait été choisi à la fin du XVIIIe siècle pour servir de repère pour l’établissement des cartes. En 1792, les astronomes Jean-Baptiste Delambre et Pierre Méchain sont chargés par l’Assemblée Nationale de mesurer le méridien entre Dunkerque et Barcelone. Cette mesure doit permettre d’établir le mètre étalon. Avant la Révolution française, chaque région possédait ses propres unités de mesures, ce qui rendait les échanges commerciaux compliqués. L’assemblée nationale décide alors d’établir un système de mesure unique « pour tous les temps et tous les peuples ». Le mètre est alors défini comme la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre (entre le pôle et l’équateur).


Delambre et Méchain partent de Paris, chacun dans une direction opposée : Delambre vers Dunkerque et Méchain vers Barcelone. L’Aveyron est situé au milieu de ce parcours puisque c’est là qu’ils sont sensés se retrouver. Mais ce travail ne se fera pas sans difficulté, en raison du contexte politique de l’époque (guerre entre la France et l’Espagne), la maladie de Méchain... Ce dernier meurt en 1804, laissant son travail inachevé.


En Aveyron, trois lieux ont été utilisés comme points de triangulation : la chapelle de Modulance (804 m), la cathédrale de Rodez (923 m pour le sommet du clocher) et le mont Lagast (928 m ; com. Auriac-Lagast). Par temps clair, la cathédrale et le mont Lagast sont visibles depuis la chapelle.



Pour en savoir plus :


- jouer en famille et partez sur les traces de Gargantua avec un jeu de piste

- écouter les habitants parler du village avec Oreilles en balade

- suivez une visite guidée

- participez à une visite ludique en famille avec le pays d'art et d'histoire


-----

Les textes et images de ce post sont la propriété intellectuelle des Patri'Minots (sauf mentions contraires). Si vous souhaitez les utiliser, merci de mentionner l'auteur.


Comentários


bottom of page