Balade en Aveyron - Saint-Georges-de-Camboulas

Coup de coeur pour cette église et ce site, perdus dans un écrin de verdure au bout du monde... À quelques 20 km au sud de Rodez, sur la commune de Pont-de-Salars, Saint-Georges de Camboulas a des airs de bout du monde. Il faut suivre une route étroite en forêt pendant de longs kilomètres, en se demandant ce qui nous attend au bout. Et une fois sur place, on comprend mieux pourquoi une communauté de moines a choisi de s'installer mille ans plus tôt ! Ils cherchaient sans doute le calme, la spiritualité dans ces lieux qu'aujourd'hui encore rien de vient troubler, si ce n'est le murmure du Viaur, là tout en bas... Un lieu mystère, empli de murmures et de rumeurs... Si vous venez ici un soir, peut-être entendrez-vous la chanson des cloches fantômes de l'église...


Pourquoi fantômes ? Parce qu'elles ont disparu depuis plus de 200 ans. À la Révolution il fut d'abord ordonné de descendre les cloches et de les fondre pour en faire des armes. Puis, en 1793, on décida de réduire à une seule le nombre de cloches pour chaque église. À Saint-Georges comme dans de nombreuses autres paroisses, on refusa de se séparer des cloches. L'attachement de la population était très fort car une cloche ce n'est pas seulement une sonnerie religieuse c'est aussi l'alarme et l'âme de la paroisse. Alors, une nuit on les descendit du clocher et on les cacha. Mais celui qui était dépositaire du secret du lieu mourut sans l'avoir dévoiler et les cloches furent perdues à jamais... Depuis, on raconte qu'elles sonnent la nuit venue...


L'ÉGLISE

Dédiée à saint Georges, l'église est en fait un élément d'un ancien prieuré, fondé par les moines de l'abbaye Saint-Victor de Marseille en 1060. Cette abbaye était une des plus puissantes de Provence, étendant son influence bien au-delà de sa région, dans le Rouergue et l'Auvergne notamment.

L'église est d'une facture simple mais elle présente un détail étonnant qu'il ne faut pas manquer : un fragment d'un tympan roman. Les amateurs d'art médiéval ou les curieux attentifs reconnaîtront peut-être le célèbre modèle de ce bas-relief : le tympan de la prestigieuse abbatiale de Conques représentant le Jugement Dernier. Ici n'est malheureusement conservé que le Christ en Majesté dans sa mandorle, entouré de quatre anges. Deux se tiennent au-dessus de lui et déroulent une inscription. Deux autres, à ses pieds, tiennent des cierges. Pourquoi seul ce détail est conservé ? Était-il réellement destiné à cette église (le portail de l'église est bien trop étroit pour une telle oeuvre) ? Il semblerait qu'il s'agisse en fait d'un fragment du tympan de la cathédrale de Rodez, reconstruite au XIIIe siècle après son effondrement partiel. Réjouissons-nous donc que ce seul détail soit parvenu jusqu'à nous !





LE VIEUX PONT

Après la visite de l'église, il ne faut pas manquer la balade qui s'offre à nous et suivre un ancien chemin muletier jusqu'au Viaur. Après une belle descente (80 mètres de dénivelé !), nous voici enfin au pied du vieux pont médiéval (mais sans doute restauré en partie au XIXe siècle) consacré lui aussi à saint Georges. Pas le Georges qui terrassa le dragon mais un moine de Conques devenu évêque de Lodève au IXe siècle. La tradition raconte qu'alors qu'il effectuait un voyage entre Rodez et Lodève, Georges aurait été pris en chasse par des Sarrasins et leur aurait échappé en franchissant d'un bond de cheval la vallée du Viaur. En retombant, son cheval aurait alors laissé la marque de ses sabots sur les rochers. À vous de les retrouver !



Au fond de cette étroite vallée coule donc le Viaur... une rivière pleine de mystère qui inspira plusieurs légendes. Dont celle de son étymologie. On a longtemps pensé que le Viaur était "la voie de l'or" (via aurea en latin). Cet or proviendrait des fées qui peuplaient autrefois ses rives et qui se baignaient dans la rivière. En lavant et en peignant leurs cheveux d'or, elles laissaient s'échappaient des paillettes dans l'eau... C'était bien avant que les moines n'arrivent sur les berges du Viaur et avant que saint Amans, le premier évêque de Rodez, ne vint évangéliser le Rouergue. Toutes sortes de divinités et de créatures fantastiques peuplaient alors nos campagnes. Mais depuis, les fées sont parties et le Viaur ne charrie plus d'or.


[en réalité, les linguistes penchent pour une autre étymologie : Viaur proviendrait de deux mots préceltiques "vig" signifiant "cours, chemin" et "awa" qui signifie "l'eau". Le Viaur serait donc plus simplement "le chemin de l'eau". Mais je vous laisse choisir l'étymologie qui vous inspire le plus...]




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