Balade en Aveyron - Villefranche-de-Panat

Je vous propose de partir à la découverte des bastides du Rouergue… enfin les bastides méconnues du Rouergue. Eh oui, l’Aveyron est une terre de bastides. Une petite dizaine de ces « villes neuves » médiévales ont été créées dans le département. Les plus connues se trouvent dans l’ouest, comme Villefranche-de-Rouergue, Sauveterre-de-Rouergue ou Villeneuve d’Aveyron. Mais on connaît moins celles de Réquista et de Villefranche-de-Panat, situées un peu plus au sud-est. Les vestiges de l’époque médiévale y sont bien moins nombreux ce qui a sans doute contribué à leur oubli…


Épisode 1 : Villefranche-de-Panat.




C'EST QUOI UNE BASTIDE ?

Ces villes nouvelles sont construites à l’initiative d’une autorité laïque ou religieuse. Les bastides du Rouergue sont ainsi le fait du roi de France, du comte de Toulouse et du Rouergue et de l’évêque de Rodez. Elles ont principalement été construites au XIIIe siècle, dans un contexte d’essor urbain et de volonté d’indépendance des habitants des villes. L’une des caractéristiques des bastides est justement l’existence d’une charte de franchises, document conférant aux habitants un certain nombre de droits et donc une relative autonomie dans leur administration. Elles étaient administrées par des consuls, souvent quatre, désignés chaque année parmi les habitants.


> Plus d’infos dans cet autre article



LA BASTIDE DE VILLEFRANCHE-DE-PANAT

Villefranche-de-Panat a été fondée par le comte de Rodez et par le seigneur local, le sieur de Panat, entre 1238 et 1297. On ignore ce qu’il existait préalablement à la création de la ville. A quelques pas de là, le bourg de La Besse est depuis le Moyen Age le centre religieux.

La bastide, comme ses consoeurs, est dotée d’une charte, document qui lui donnera d’ailleurs son nom : « ville franche », c’est-à-dire une ville dotée de franchises. Parmi les avantages dont bénéficient les habitants des bastides, on peut citer l’exemption d’impôts sur les marchandises vendues dans l’espace urbain. Ces privilèges devaient faciliter l’installation de familles dans la nouvelle ville. À leur arrivée, elles se voyaient également donner une parcelle à bâtir et une parcelle de jardin (hors de l’enceinte). Mais cela ne sera pas toujours suffisant pour attirer des colons. En 1430, soit près de deux siècles après la fondation, la cité de Villefranche ne compte que 17 familles (contre 200 à la même époque à Sauveterre !).


Sur le plan cadastral du début du XIXe siècle, on devine les limites de la ville médiévale, formant un rectangle traversé par deux rues perpendiculaires. À leur intersection, une place, le point névralgique de la bastide. Utilisée par la suite comme marché aux volailles, elle a aujourd’hui perdu son rôle central. Ne reste que l’ancienne maison des Panat, qui aurait été construite au XVe siècle (mais le bâtiment actuel a certainement été reconstruit au XVIIe ou XVIIIe siècle).


Extrait du cadastre du début du XIXe siècle - © Archives Départementales de l'Aveyron


Y a-t-il eu des remparts ou plus exactement des clôtures autour de la ville ?

Outre leurs rôles défensifs, les murs des villes ont aussi une fonction symbolique : marquer la limite entre l’espace urbain « franc » et l’espace non privilégié. Un document du début du XVe siècle mentionne la construction des murs, financés par les habitants et le seigneur de Panat. La guerre de Cent ans fait rage, des routiers traversent la région. La ville craint-elle elle aussi d’être rançonnée ou pillée ? On ignore si les remparts furent finalement construits car il n’en reste pas de traces aujourd’hui…


VILLEFRANCHE-DE-PANAT AU XXe SIÈCLE

Pôle économique au Moyen Âge (à l’opposé de La Besse qui en est le centre religieux), le bourg de Villefranche est toujours le point central de la commune, qui a d’ailleurs pris son nom en 1842. Le pôle économique, civil (mairie, école) mais aussi touristique puisqu’au début des années 1950 c’est à ses portes qu’est aménagé le barrage de Villefranche (1947-1951). La mise en eau du lac a profondément changé le paysage de Villefranche (et du Lévézou) mais aussi son économie Le tourisme y joue important, avec de nombreux campings, bases de loisirs, plages, aménagés dans les années 1960 et 1970. Dès 1952, les premiers touristes se pressent pour voir le paysage changer. Des canots, des vedettes, des pêcheurs se pressent sur les eaux calmes du lac et en août 1953, la municipalité organise la première fête nautique. La presse locale imagine déjà Villefranche en future « station climatique et touristique ».

Vue de la plage du Mayrac - © mairie Villefranche-de-Panat


« On voit se rencontrer sur les rives de son lac aux couleurs d’opale, des touristes qui viennent admirer son site pittoresque et se reposer, des pêcheurs qui pratiquent avec succès leur sport favori car ils peuvent y trouver toutes variétés de poissons, plus spécialement truites et brochets. Le printemps voit évoluer voiliers et barques, l’été rassemble les baigneurs. Le club nautique (du Lévézou), créé l’an passé, a plusieurs projets en vue et notamment l’aménagement d’une plage et d’un plan d’eau sur lequel pourront être lancés un plus grand nombre de voiliers et de barques, ce qui permettra de mettre sur pied et de réunir tout l’équipement indispensable pour le développement des sports nautiques : aquaplane, pédalos, hors-bords, vedettes, pirogues, canots, skifs et avirons. La fête du 09 août marquera le point de départ de cette nouvelle extension qui va faire, sans nul doute, du lac de Villefranche-de-Panat, un véritable pôle d’attractions, un lieu de rendez-vous dans la station thermale, climatique et touristique la plus accueillante du Rouergue. »


Les vestiges de cette époque sont également bien présents. La cité en bois qui a été aménagée à l’entrée du bourg pour les familles des ouvriers existe toujours. Ces chalets dénotent dans l’architecture locale, évoquant « des maisons américaines, sans étages, avec, devant, un balcon formant porche, des fenêtres carrées et de petits escaliers de trois marches. » Face au barrage, vous avez peut-être aussi remarqué ce long bâtiment en bois ? C’est un des vestiges des dortoirs réservés aux ouvriers célibataires. À la fin du chantier, plusieurs de ces bâtiments sont réutilisés pour accueillir des colonies de vacances, avant d’être démontées. Seul ce dernier bâtiment nous rappelle l’effervescence qui régna pendant quatre ans à Villefranche-de-Panat.




1. Un pavillon familial (©Patri'Minots) - 2. Vue de la cité des familles (cité Saint-Louis) © archives EDF - 3. Vue sur le barrage et la cité © mairie Villefranche-de-Panat - 4. La cité des dortoirs ©archives EDF - 5. Vestige d'un dortoir (face au barrage) - 6. Vue aérienne de Villefranche en 1958 © remonterletemps.ign.fr


Pour en savoir plus sur la construction des barrages, vous pouvez lire ces précédents articles: construction du barrage de Pareloup / les hommes des barrages / édifier un barrage



Rendez-vous le mois prochain pour le second épisode. Je vous emmènerai à Réquista !


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